dimanche 29 juin 2014

"J'aime m'attacher les cheveux" - Like si t'es cap


J’aime Facebook. C’est pratique, pas compliqué, et comme tout le monde ça me permet de garder un œil sur les gens que l’on voit au mieux une fois par an, même si on se promet que cette fois c’est sûr, on s’appelle la semaine prochaine.

Bon, il parait aussi que c’est hasbeen. Qu’aujourd’hui le seul vrai réseau social qui compte c’est Tweeter, mais personnellement ça me gonfle de raisonner en 140 caractères, je n’ai jamais rien compris aux hashtags, et je suis bien trop vieille pour jouer à l’ado. Je laisse Tweeter aux autres, moi j’aime bien Facebook.

Notez que si je m’y connecte régulièrement, ce n’est pas forcément pour poster des photos de moi («trop lol »), du dernier verre que j’ai bu en terrasse («fait trop beau au Balto »), ou de la queue au Franprix (« Noon y a trop de queue!!»). Non, moi j’y vais pour vérifier que tout le monde va à peu près bien, je ne crache pas - alors qu’on pourrait le croire -sur une ou deux photos des enfants de Machin qui grandissent, sur le tracé du parcours de running de Bidule, voire même sur un beau coucher de soleil (avé les pieds devant) posté par Truc. 

Je suis une utilisatrice de Facebook sympa quoi.

Par ci, par-là, je me fends d’un petit commentaire, d’un like pour faire plaisir (ou si ça se trouve même pas) et voilà en 3 minutes c’est plié, j’ai le sentiment du devoir accompli et je peux me déconnecter pour les 6 prochains jours. Je suis donc vraiment une utilisatrice super réglo.
De mon côté, je ne fais pas de plan à la con du genre je t’envoie 250 demandes de participation à Candy Cruch, Animal Farms ou autre ânerie-incommensurable-perte-de-temps du genre (et lisez bien ça mes amis : « vous-pouvez-toujours-crever-pour-que-j’y-réponde »), pas d’upload de photos débiles où comme par hasard je suis pas trop mal dessus tandis que mes autres potes ont la bouche ouverte, ou le ventre qui ressort au-dessus de la ceinture, je ne pollue pas les murs de mes petits camarades avec d’obscures privates jokes qui n’intéressent que moi -et éventuellement le destinataire- pour faire croire que je suis super cool, pas non plus d’envoi de chaînes type « attention si tu ouvres une canette de coca en mangeant un mentos assis en haut d’un escabeau en fer par temps d’orage les pieds dans une bassine d’eau tu risques un accident, y a des gens qui sont morts, c’est sérieux, je l’ai vu sur un site américain». Non, moi je pars du principe qu’il faut foutre la paix à son prochain en règle générale et sur les réseaux sociaux en particulier.

Cool je vous dis.

Alors allez m’expliquer pourquoi certains non seulement pratiquent à haute dose un des sports précédemment cités, mais en plus se croient obligés d’inventer des variantes qui me donnent envie 1) de balancer mon ordinateur par la fenêtre, 2) de découper un animal à la tronçonneuse, 3) (plus facile j’en conviens) : de ne plus jamais, au grand jamais me connecter à cette saloperie de site.

Un exemple ?

Un pote (appelons-le, Luc, ça fera plaisir à ma sœur et en plus j’en connais pas), Luc donc commente à peu près tout ce qu’il se passe dans sa vie à une fréquence plus rapide que celle des métros sur la ligne 4 en heure de pointe. C’est bien simple, à côté de lui le mec qui a posté une photo de la queue chez Franprix passerait pour Robert Capa. De la photo de la voiture de location qu’il vient de récupérer à l’agence Avis de Soisson («cool on a été surclassés en Saxo »), au pot de peinture qu’il vient d’acheter pour refaire sa baraque (« oh que c’est dur de s’y mettre, mais ça en vaut la peine pour notre petite maison ») en passant par ses commentaires tous plus construits les uns que les autres sur le dernier épisode des Experts NCIS (« super y a la saison 17 ce soir je me demande si MacBobby a survécu ! »), c’est bien simple, Luc vomit en continu sa vie sur Facebook. Je mentionne sa collection de photos à chaque fois qu’il bouffe un croque-monsieur ou qu’il attend dans la salle d’embarquement d’un aéroport ? Je ne crois pas non, vous avez compris le principe.
Vous me direz, je n’ai qu’à me désabonner de son flux de news (c’est fait), mais je n’en demeure pas moins extrêmement perplexe de me dire que 3,5 milliards d’années d’évolution nous ont menées à la photo surexposée d’un pot de 8 litres de Dulux Valentine « Taupe mordorée». 


Autre exemple et autre variante de cette tendance exaspérante à la cuculterie grandissante qui vous font demander comment vous avez un jour pu accepter être en contact avec ces individus (je ne parle même pas d’être amis) : le pendant féminin de Luc, sa femme, son alter-égo, la reine du cucul, l’impératrice des godiches, j’ai nommé... Fabienne (toujours le même principe, j’en connais pas mais ça va faire plaisir à ma sœur).
Je passe sur les douzaines de milliers de photos des gamins de Fabienne (trop facile), sur ses réflexions bas de plafond « oh zut déjà la fin du weekend, je n’ai pas vraiment envie de retourner au travail demain » (trop facile bis), et même (parce que je suis vraiment de super bonne humeur), même sur les citations insupportables de mièvrerie empruntées à Paolo Coelho ou au Dalaï Lama du style « vis ta vie à ton propre rythme », « il vaut mieux avoir des remords que des regrets » (notez que ça, ça doit plutôt venir d’un autre grand philosophe genre Patrick Bruel), « le bonheur est au bout du chemin » et autres pensées d’une profondeur si vaste que je ne saurais même pas où trouver une pelle assez grande pour les enterrer.
C’est bien simple, je suis sure que quand Fabienne pète : il sort des papillons de sa culotte.
Mais ça c'est une autre histoire, passons. Je passe sur tout ça parce qu’il y a pire, pire que les papillons-prouts et que les réflexions de Pascal Obispo sur le sens de la vie. Et pire, ce sont les propres réflexions de Fabienne sur le sens de la vie. 

Exemple : « J’aime les arcs en ciel »
Voilà. Je n’en donne qu’un car je considère que j’ai tout dit.
J’aime les arcs en ciel.
Pas "J’aime les arcs en ciel, ça me rappelle le Magicien d’Oz" (notez que c’est très con aussi), ou "J’aime ce phénomène de réflexion des rayons de soleil à travers la pluie qui rend visible le spectre continu de la lumière du ciel, ça me rappelle Isaac Newton" (notez que là, Fabienne m’en boucherait un coin). Non, "J’aime-les-arcs-en-ciel".
C'est-à-dire qu’à un moment donné de sa vie, Fabienne a perdu 25 secondes à se connecter à son compte Facebook, 30 à écrire ses 6 mots, 2 à cliquer sur « validé » et 1 pour se déconnecter. Soit moins d’1 minute pour faire profiter le reste de la planète du niveau zéro de sa pensée. Est-ce possible de faire plus béta ? Plus cucul ? (alors que Fabienne est déjà à un niveau assez élevé dans ce domaine d’expertise) Plus vide ?
Soyons clairs, je n’ai rien contre les arcs en ciel, ni contre les gens qui aiment ça. Non, là où je m’insurge c’est de constater que certains poussent le bouchon narcissique suffisamment loin pour penser que cela intéresse quelqu’un d’autre qu’eux, et qui n’hésitent pas à étaler leur merde égocentrique sur un mur virtuel dans l’espoir qu’il en ressorte quelque chose. 
A moins que Fabienne dans son immense sagesse ne nous donne ici une leçon ? A moins que tel un Michel Foucault du 21ème siècle, Fabienne, en une simple phrase, fasse tout simplement un lien d’une subtilité éblouissante entre la vacuité des réseaux sociaux et ce rapport à l’univers et au temps qui nous fait tant défaut ?
Mais je ne crois pas. Moi je crois que dans ces moments là Fabienne a le QI d’un bulot et pense sincèrement attirer l’attention, les commentaires, voire les louanges à partir d’une pensée digne d’un enfant de 4 ans devant la grande parade à Eurodisney.
Bon, j’ai envie d’en avoir le cœur net. Parce qu'honnêtement, une fois le choc passé, je me suis demandé ce qui pouvait ressortir de ce genre de diarrhée virtuelle. Quelque chose de bon? De construit? D’intelligible? Je ne vous le cache pas, comme je suis un peu joueuse, j’ai envie d’essayer. A mon tour d’étonner. J’ai donc cherché l’affirmation la plus inutile possible, et je vous propose de l’afficher sur mon compte Facebook dès aujourd’hui et de voir ce qu’il en ressort. 
Attention, quand on se lance dans ce genre d’expérience scientifique de haute volée il faut trouver quelque chose de suffisamment creux dans le sens où la déclaration que vous afficherez en ligne ne servira absolument ni à rien, ni à personne, n’apportera aucune information constructive ou utilisable d’une quelconque manière que ce soit, et ne nécessitera en aucun cas au lecteur potentiel de réfléchir plus d’une demie seconde pour la comprendre.

Moi j’ai trouvé « J’aime m’attacher les cheveux », et je trouve que dans la série affirmation à la con, ça se pose un peu là.
Donc voilà, tel un Michael Faraday se lançant pour la première dans l’expérimentation du phénomène d’électromagnétisme (je regarde énormément National Geographic en ce moment, il faut me pardonner), je vous propose de me lancer dès ce soir dans un test grandeur nature.
Ce soir, c'est le grand soir et je vais donc afficher cette foutue citation et voir ce que je récolte. 
Par souci d’honnêteté, tant intellectuelle que scientifique, je promets d’éliminer des résultats tous commentaires pouvant les biaiser du type commentaires sarcastiques, ironiques, voire grossiers que certains de mes amis pourraient se sentir obliger de répondre (« moi j’aime me gratter l'anus », «moi j’aime Jacques Cheminade» et autres « moi j’aime quand la Rioja se fait sortir de la coupe du monde comme des Albanais»), car fort heureusement pour moi je ne suis pas entourée que de Luc et de Fabienne.
Non, contribuant j'en suis certaine, aux progrès de la science comportementale, voire à l'essor de la race humaine, je promets de ne conserver de cette étude que les résultats probants, décisifs et irréfutables, attestant, s’il est possible, que l’on peut créer quelque chose à partir du vide le plus absolu.
Lavoisier prend garde à toi.

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